L’Afrique est le continent où la croissance des utilisateurs de réseaux sociaux est la plus rapide au monde. Avec cette expansion vient également une montée en puissance de la désinformation, avec des conséquences parfois dramatiques.
Une pénétration numérique en forte hausse
Selon les données de DataReportal (2024), l’Afrique subsaharienne comptait plus de 300 millions d’utilisateurs de médias sociaux. Au Sénégal, on estime que près de 50 % de la population a accès à internet, et l’usage de Facebook, WhatsApp et TikTok y est massif, en particulier chez les 18-35 ans.
WhatsApp, vecteur principal de désinformation
L’une des particularités africaines est le rôle central de WhatsApp dans la circulation des fausses informations. Contrairement à Facebook ou Twitter, WhatsApp est une messagerie cryptée et fermée : les messages circulent dans des groupes privés, ce qui rend leur vérification très difficile et leur viralité explosive. Des études menées au Nigeria, au Ghana et au Sénégal montrent que la majorité des fausses nouvelles virales arrivent d’abord via WhatsApp avant d’être relayées ailleurs.
Les domaines les plus touchés
Les fausses informations en Afrique touchent principalement quatre domaines : la santé (faux remèdes, théories complotistes sur les vaccins), la politique (résultats électoraux falsifiés, discours haineux), l’économie (arnaques, faux avis d’emploi) et la sécurité (rumeurs d’attaques, de catastrophes naturelles).
Lors de la pandémie de Covid-19, l’Organisation Mondiale de la Santé avait même parlé d’«infodémie» pour désigner la surabondance d’informations erronées qui avait accompagné la crise sanitaire.
Des réponses émergent
Face à ces défis, plusieurs pays africains développent des réponses adaptées. Au Kenya, l’organisation PesaCheck vérifie les informations économiques et politiques. Au Sénégal, des journalistes et des chercheurs travaillent à la mise en place de mécanismes de vérification adaptés aux réalités locales, notamment aux langues nationales comme le wolof ou le pulaar.
La société civile joue également un rôle croissant : des associations de jeunes forment leurs pairs aux bonnes pratiques numériques dans les quartiers et les universités.
Ce qu’il faut retenir
La désinformation en Afrique n’est pas un phénomène importé. Elle prend des formes spécifiques, liées aux contextes culturels, politiques et linguistiques locaux. La réponse doit donc être locale, ancrée dans les communautés, menée dans les langues que parlent les gens.

